Les conflits larvés au sein des équipes. Des psychologues organisationnels, des coachs comportementaux et des facilitateurs d’équipe, forts d’une grande expérience auprès d’équipes dirigeantes et fonctionnelles, analysent à quoi ressemblent les conflits larvés dans les équipes, pourquoi les dirigeants ne les détectent pas et ce qui permet réellement de faire évoluer la situation.
Repensez à votre dernière réunion d’équipe. Y a-t-il eu de vrais débats ? Les points de vue divergents ont-ils eu l’occasion de s’exprimer ? Quelqu’un a-t-il soulevé un sujet inconfortable, avant que la salle ne… passe simplement à autre chose ? Si votre réponse est : “Tout allait bien, rien de majeur à signaler”, cela mérite peut-être d’être examiné de plus près. Les équipes qui semblent bien fonctionner (réunions menées à terme, indicateurs de performance au vert, absence de désaccords visibles) sont souvent celles qui nécessitent justement un regard plus approfondi.
La première chose à comprendre à propos des conflits larvés au sein des équipes, c’est qu’ils ne ressemblent que rarement à des conflits. Il n’y a pas de voix qui s’élèvent, pas de plaintes officielles, pas de moments de confrontation évidents. Il n’est donc pas étonnant qu’ils soient si difficiles à détecter pour les managers !
Deirdre Foley, coach d’équipes et de dirigeants, et facilitatrice senior chez HPC, accompagne depuis treize ans des équipes dirigeantes et fonctionnelles dans les secteurs de la technologie, de la finance, de la construction et de l’agro-industrie en Irlande, au Royaume-Uni et aux États-Unis. Ses interventions auprès des dirigeants et des équipes sont particulières : en tant que facilitatrice, elle sait lire une salle, percevoir les dynamiques sous-jacentes et identifier rapidement les tensions et les conflits latents.
Jack Collins, psychologue du travail et directeur chez Westminster Associates, travaille avec des équipes de direction issues de secteurs variés, des startups aux grandes entreprises. Il identifie un autre signe, différent mais tout aussi révélateur : le moment où une équipe cherche à reformuler ou à minimiser le problème en changeant la manière de le nommer.
Les signaux finissent par se cumuler. Des décisions actées en réunion qui ne se traduisent pas dans les faits. Des sujets qui refont constamment surface sans jamais être réellement traités. Un manager qui retourne auprès de son équipe et lance, en haussant les épaules : « Je ne suis pas vraiment d’accord non plus, mais c’est pourtant ce que nous allons faire. » Ce sont les traces caractéristiques d’un conflit larvé: pris séparément, ces éléments peuvent sembler anodins ou facilement explicables, mais ensemble, ils révèlent une dynamique problématique plus structurelle.
Howard Scott, consultant senior, facilitateur et coach au sein d’Unify Partnership, travaille depuis quinze ans avec des conseils d’administration et des équipes de direction issues de secteurs aussi divers que l’ingénierie nucléaire et les services professionnels. Il formule cette distinction avec clarté :
Deirdre considère ce défi de leadership comme l’un des schémas les plus constants dans son accompagnement des équipes dirigeantes. Elle commence le plus souvent par le leader lui-même, avant d’explorer la dynamique collective, en évaluant sa conscience de soi et l’impact, souvent inconscient, qu’il exerce sur son entourage
Cela se manifeste de manière concrète et identifiable : par exemple, un leader dont la présence en réunion est si imposante qu’une fois qu’il a pris la parole, plus personne n’ose le contredire ; ou encore un leader qui utilise des informations partagées en toute confidentialité pour réprimander des membres de l’équipe, fragilisant ainsi progressivement la confiance dans le processus.
C’est pourquoi Deirdre commence tout accompagnement d’équipe par des échanges individuels avec le leader
Jack apporte un éclairage complémentaire : le point aveugle du leader tient plus souvent à la normalisation qu’à la complaisance. Quand le conflit larvé s’installe durablement dans la culture d’une équipe, il devient invisible, il est perçu comme le fonctionnement normal.
Son exemple : une entreprise réalisant un chiffre d’affaires de 500 millions de livres sterling et affichant d’excellentes performances selon tous les indicateurs externes. Un nouveau dirigeant arrive et tend un miroir à l’équipe en posant la question suivante : l’équipe qui nous a permis d’atteindre 500 millions de livres est-elle réellement celle qui nous permettra d’atteindre 1 milliard ? Le conflit était caché parce que la réussite l’avait rendu invisible.
En écartant les dynamiques organisationnelles et les angles morts des dirigeants, on retrouve souvent un élément plus fondamental derrière les conflits larvés en équipe : deux personnes qui ont simplement interprété différemment les intentions ou les comportements de l’autre.
Holly Miller, consultante senior, facilitatrice et coach au sein d’Unify Partnership, accompagne des organisations issues des secteurs privé, associatif et éducatif. Elle collabore régulièrement avec ses clients pour révéler les causes profondes des tensions et des dysfonctionnements dans leurs équipes. Elle résume ce problème de perception avec une remarquable précision :
Holly évoque une situation qui parlera à tous ceux qui ont encadré une équipe diverse, en montrant comment les différences de modes de fonctionnement peuvent, avec le temps, créer un fossé de plus en plus marqué.
Jack identifie quatre styles de travail spécifiques qui génèrent des frictions dans presque toutes les équipes avec lesquelles il travaille :
• Le penseur rigoureux et attentif aux détails : perçu à tort comme indécis ou incapable de trancher.
• La personne qui avance rapidement : perçue à tort comme peu attentive aux autres ou insensible à ce qu’ils ressentent.
• Le communicant direct et transparent : perçu à tort comme brutal, peu bienveillant ou agressif.
• Le collègue qui privilégie la consultation et la construction de relations : perçu à tort comme cherchant à satisfaire tout le monde plutôt qu’à prendre une décision.
Jack souligne également que les personnes qui ont un mode de réflexion plus introspectif — celles qui prennent le temps de laisser mûrir les idées et de les analyser en profondeur — peuvent parfois construire tout un scénario de conflit à partir d’un simple commentaire.
C’est dans ce type de situation que les conflits larvés prennent discrètement racine. Imaginez : une remarque qui a été mal reçue ou une réunion au cours de laquelle quelqu’un a eu le sentiment de ne pas être entendu. Sur le moment, cela ne ressemble pas à un « événement conflictuel », mais chacun de ces épisodes laisse une petite trace de tension qui, si elle n’est pas traitée, finit lentement par s’accumuler.
Quand une équipe affiche de bonnes performances dans l’ensemble, les conflits larvés peuvent facilement être relégués au second plan : un problème regrettable, mais qui ne semble pas prioritaire. C’est précisément là que réside le danger : cette approche minimise le risque réel.
Howard utilise le concept d’entropie culturelle développé par le Barrett Values Centre, inspiré de la thermodynamique, pour illustrer l’énergie qu’une organisation perd lorsque les conflits restent non traités.
En thermodynamique, l’entropie représente l’énergie dissipée par une machine pour maintenir son fonctionnement, au lieu d’être consacrée à une activité productive. Dans les équipes, le mécanisme est comparable.
Holly apporte un angle particulièrement pertinent pour les dirigeants soucieux de performance : l’épreuve du stress. Les équipes marquées par des conflits larvés peuvent continuer à fonctionner lorsque l’environnement reste stable, mais elles se révèlent profondément fragiles dès qu’une situation de rupture survient.
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Au travers des 50 années d’expérience cumulées de ces quatre experts, un constat clair se dégage quant à ce qui permet réellement de faire évoluer les choses.
Pour créer un véritable changement, les organisations doivent aller au-delà des politiques de bien-être et des simples journées ponctuelles de team building, et adopter quelque chose de plus fondamental : instaurer un langage commun permettant de comprendre les comportements des uns et des autres, et apprendre à parler des différences d’une manière qui ne porte pas de jugement et qui n’implique pas que quelqu’un a tort.
C’est précisément là qu’Insights Discovery joue son rôle le plus important. Il devient cette indispensable couche de compréhension partagée qui transforme la manière dont les membres d’une équipe échangent entre eux.
Deirdre décrit l’accompagnement d’une division risques au sein d’une banque, où deux approches différentes de la prise de décision avaient généré plusieurs mois de tensions non exprimées.
Une partie de l’équipe poussait pour prendre des décisions rapidement ; une autre refusait d’avancer tant que chaque risque n’avait pas été identifié et analysé. Chacun était convaincu que sa propre approche était la bonne.
Une grande partie de cette tension aurait donc pu être évitée : elle était née du simple fait qu’ils n’avaient pas de cadre commun pour comprendre et exprimer ce qui se jouait entre eux."
Deirdre souligne avec prudence qu’Insights n’est pas une solution universelle ; les dynamiques d’énergie de couleur ne constituent qu’une couche de compréhension parmi d’autres. Sous cette première lecture se trouvent des facteurs émotionnels plus complexes : la peur de l’insécurité professionnelle, l’ego, les rivalités ou encore l’histoire personnelle de chacun. Insights offre toutefois le cadre de sécurité psychologique et le langage partagé qui permettent d’ouvrir la discussion et d’explorer ces niveaux plus profonds.
Holly met en lumière un aspect tout aussi essentiel : le changement ne vient pas uniquement du contenu de l’atelier, mais également de ce que la démarche elle-même invite les participants à faire et à expérimenter.
Jack décrit ce qui se passe concrètement au sein du groupe, à l’instant où un déclic se produit chez un collaborateur qui jusque-là était resté prisonnier d’une vision figée d’un collègue :
La plupart des équipes pourraient être bien plus performantes qu’elles ne le sont aujourd’hui. Même avec les bons profils en place, les collaborateurs peuvent manquer des repères, du vocabulaire commun et de la sécurité psychologique nécessaires pour se parler avec franchise.
Le vrai danger se trouve dans l’accumulation silencieuse des conflits larvés : de l’énergie perdue, des décisions qui stagnent, et des personnes compétentes qui finissent par se désengager ou partir.
Les organisations qui interviennent avant que la crise ou la vague de départs ne survienne construisent une base essentielle : la connaissance de soi et la compréhension mutuelle. En investissant durablement dans la qualité des relations humaines, elles développent des équipes plus fortes, une communication plus fluide et des modes de collaboration plus efficaces.
Le guide essentiel des énergies de couleur Insights Discovery et de leur utilisation au travail
Avec nos remerciements à quatre praticiens certifiés Insights Discovery et experts reconnus dans les domaines du coaching comportemental, de la facilitation d’équipe et du développement du leadership, qui cumulent plus de cinquante années d’expérience dans l’accompagnement d’organisations de différents secteurs et régions du monde. .
Deirdre Foley
Coach d’équipe et de dirigeants, facilitatrice senior — HPC
Jack Collins
Psychologue du travail et directeur — Westminster Associates
Howard Scott
Consultant senior, facilitateur et coach — Unify Partnership
Holly Miller
Consultante senior, facilitatrice et coach — Unify Partnership
Acas (2021). Estimating the costs of workplace conflict. Available at: acas.org.uk
Acas / NatCen Social Research (2025). Conflict at work: nature, extent and resolution. Available at: acas.org.uk
Acas (2024). Health, work and conflict: the human cost of workplace disputes. Available at: acas.org.uk
Barrett Values Centre. Cultural Entropy. Available at: valuescentre.com
CIPD (2024). Good Work Index 2024. Available at: cipd.org